Un peu d’histoire

Même si le mot « savon » n’est pas apparu tout de suite, son apparition remonterait selon les historiens à plus de 4 500 ans, quand les Sumériens utilisaient un mélange de graisse animale, d’argile et de cendres pour se blanchir les cheveux ou se protéger des maladies de peaux. Par la suite, diverses civilisations et cultures ont développé leurs propres recettes de savon, à commencer par les Egyptiens, les Phéniciens ou Celtes. Ces derniers, comme les Gaulois ou les Germains, à défaut d’huile d’olive, utilisaient de la graisse de chèvre et des cendres de hêtre pour confectionner une pâte qu’ils appelaient « sapo ».

« Prodest & sapo : Gallorum hoc inventum est rutilandis capillis  » /  » On se sert aussi du savon. C’est une invention des Gaulois pour rendre les cheveux blonds.  » Pline

L’une des évolutions remarquables reste à mettre au crédit des Phéniciens qui, exportant ce savon à travers l’Europe, créent la ville de Phocée et y produisent du savon à partir d’Huile Olive. Cette ville, Phocée, deviendra plus tard Marseille et sera l’un des grands centres de production de savon en Europe. Au XVII°Siècle, la formule du Savon de Marseille commence à être réglementée sous Louis XIV, et un édit de 1688, publié sous Colbert, limitera l’utilisation du nom « Savon de Marseille » aux savons uniquement fabriqués à base d’huile d’olive, dans la région de Marseille.

Deux découvertes vont changer l’industrie du Savon : en 1791, le chimiste français Nicolas Leblanc invente un procédé permettant d’obtenir de la soude à partir de l’eau de mer, de chaux et de charbon, ce qui permet d’augmenter considérablement les productions de savon. Le procédé Leblanc sera ensuite remplacé dans les années 1870 par le procédé inventé par le chimiste belge Ernest Solvay, qui permet la synthèse industrielle du carbonate de sodium pour des coûts nettement inférieurs.

Mais surtout, en 1823, le chimiste français Michel-Eugène Chevreul explique la réaction de saponification, c’est-à-dire la transformation des corps gras (ester) en sels d’acides gras, qui est résumée ci-dessous :

Théorie simple : Corps Gras (Acide) + Soude ou Potasse –> Sels d’acides gras + Alcool

Théorie Chimique :

Pratique historique : Huiles animales ou végétales + Cendres –> Sels + Glycérol

Toutes les huiles ne possèdent pas les mêmes acides gras, ce qui donnera différents types de savons. Ainsi, pour le Suif (graisse de bœuf), le Saindoux (graisse de porc) ou l’Huile d’Olive, riches en Acide oléique, le savon obtenu sera plutôt de l’Oléate de Sodium ou de l’Oléate de Potassium (en fonction de l’ajout de Soude ou de Potasse).

Pour l’Huile de Palme, notamment riche en Acide Palmitique, le savon obtenu sera plutôt du Palmitate de Sodium ou du Palmitate de Potassium.

Mais alors, comment ça nettoie ?

Les sels d’acides gras sont des molécules (ensemble lié d’atomes) qui sont particulières, car elles ne sont ni solubles dans l’eau, ni solubles dans l’huile. Elles vont rester entre les deux, car elles présentent deux parties : un corps constitué d’une chaîne carbonée (à base de carbone) insoluble dans l’eau mais attirée par l’huile ; une « tête » avec un ion carboxylate (RCOO-) qui sera à l’inverse attirée par l’eau mais complètement insoluble dans l’huile.

Plus concrètement, en savonnant un support tâché d’huile ou de gras, les corps des molécules de savon vont aller se greffer sur la tâche, comme la vis d’un tire-bouchon. Ensuite, en rinçant avec l’eau, ce sont les têtes des molécules de savon qui vont être attirées par l’eau et donc retirer la tâche de gras du support.

Un exemple plus concret : Prenons un savon fabriqué à base d’huile d’olive et de cendres de hêtre, riche en Potasse (KOH). Il est donc principalement constitué d’Oléate de Potassium, dont voici la formule :

Ensuite, en continuant l’analogie du tire-bouchon, la vis de ce tire-bouchon étant donc attirée par le gras, va aller se fixer sur la tâche.

Enfin, lors du rinçage, la tête étant attirée par l’eau, va pouvoir entraîner la tâche avec elle et donc « nettoyer » le support.

Voici donc, simplement, le principe de fonctionnement d’un savon et, plus largement, d’un détergent.

Pour aller plus loin :